mardi 1 juin 2010

De la représentation de la production de masse chez Warhol et les minimalistes

« Si je peins de cette manière, c'est parce que je veux être une machine, et je pense que tout ce que je fais comme une machine correspond à ce que je veux faire. » Warhol aurait voulu être une machine. Il l’a dit et redit et c’est bien souvent ce que les gens retiennent de lui. Pendant plusieurs années, il s’est effectivement évertué à reproduire un geste machinal pour produire ses oeuvres, comme s’il faisait un travail à la chaîne. Son geste créateur était donc parfaitement en adéquation avec son discours.

Cependant, dans un processus industriel normal, il n’y a pas de place pour les défauts. Toute pièce défectueuse, non calibrée, est jetée au rebut. Et si une machine devait elle-même produire un fort taux de pièces défectueuses, elle serait rapidement remplacée.

De ce point de vue, le travail des artistes de la mouvance minimale se rapproche davantage de l’idée qu’on peut se faire de la production de masse : s’ils conçoivent eux-mêmes l’ « objet spécifique », pour reprendre les termes de Donald Judd, ils ne réalisent pas eux-mêmes les pièces qui le constituent. Ils les donnent à faire à des industriels. Ainsi, dans leur processus de création, les artistes minimalistes vont encore plus loin que Warhol, et cela bien qu’ils n’aient jamais fait explicitement allusion à la production de masse. Les modules géométriques qui constituent ces oeuvres, faits de matériaux industriels (acier, aluminium, néon,…) parfaitement usinés, assemblés de façon sérielle et choisis pour leur neutralité émotionnelle donnent fortement l’impression d’oeuvres, ou plutôt d’objets produits en série.

Par contre, ces oeuvres, voulues littérales, ont le désavantage d’être peu « lisibles » pour le grand nombre, car dans l’inconscient collectif, l’idée d’art implique quelque chose qui transcende l’objet matériel, et l’expérience esthétique ne peut se limiter à une expérience phénoménologique. C’est justement ce que refusent ces artistes. Pour eux, l’objet se vaut en tant qu’entité propre. Comme le dit Frank Stella : « Ce que vous voyez n’est que ce que vous voyez. » Donc, de fait, les artistes minimalistes se sont coupés du grand public, bien que leurs travaux soient largement reconnus par le milieu de l’art : on les retrouve en effet dans toutes les grandes collections, et la littérature critique abonde à leur sujet.

A contrario, l’iconographie de Warhol et des artistes pop en général, puisée dans la vie quotidienne, dans les médias, trouve un large écho auprès du grand public : leurs oeuvres représentent quelque chose de connu, de familier. Et si les oeuvres pop ne sont pas abordables, comme c’est généralement le cas de pièces uniques ou à tirage limité, leurs diverses reproductions, produites en masse sur divers supports, sont en revanche des best-sellers.

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