lundi 4 janvier 2010

Le minimalisme

Le minimalisme est apparu à New York au cours des années 60 en réaction à l’expressionnisme abstrait, alors hégémonique dans la métropole américaine.

A l’époque de l’expressionisme abstrait, les artistes étaient au centre de leur art. Entre autre influencés par les surréalistes et le principe de l’automatisme, les peintres voyaient dans l’action de peindre le moyen « d’exprimer (…) le fonctionnement réel de la pensée ». Les théories existentialistes où l’essence découle de l’action allaient exalter davantage l’acte de peindre, au point de devenir l’élément capital de l’oeuvre d’art. Plus encore que le tableau fini. Harold Rosenberg, imminent critique d’art, proclamait à cette époque : « la toile [est] comme une arène où l’on agit, bien plus que comme un espace où l’on reproduit quelque chose. Ce qui se joue sur la toile n’est pas un tableau, mais un évènement. »

Pollock photographié par Namuth

La nouvelle génération d’artistes, elle, aborde d’une façon radicalement différente le processus de création. Contrairement à leurs aînés, ils n’attaquent pas frontalement la toile. L’oeuvre n’est plus ce « lieu » dans lequel l’artiste se jette et se perd. Au contraire, l’oeuvre d’art minimale est minutieusement élaborée sur papier avant d’être effectivement réalisée. Rarement par l’artiste lui-même. Les croquis sont en effet généralement confiés à des industriels ou à des ingénieurs qui, eux, conçoivent matériellement l’oeuvre, ou du moins les diverses parties qui la constituent. Plus aucune importance n’est accordée à l’exécution, comme cela put être le cas avec l’« action painting ». L’artiste n’est plus un virtuose, il devient un concepteur.

Les oeuvres minimales – ou « objets spécifiques » pour reprendre les termes de Judd – sont composées d’un ensemble d’unités indépendantes, identiques et, par conséquent, interchangeables. Ces éléments sont simplement juxtaposés / empilés, les uns aux / sur les autres. Dans certains cas, ils sont disposés dans l’espace, sans que rien ne les relie. Mais leur organisation compositionnelle relève toujours d’une logique mathématique : les relations qui les lient au sein de l’oeuvre reposent sur des transformations géométriques simples, telles que des translations, des symétries, des homothéties, etc. Cette rigueur mathématique purge l’oeuvre de toute forme d’expressivité. L’objet minimal est impersonnel et neutre. Il n’est pas le reflet d’une quelconque subjectivité. Cette neutralité est par ailleurs renforcée par l’utilisation de matériaux industriels, issus de la production en série, tels que des tubes néon, des briques, des plaques de cuivre, des modules en acier, etc.

Judd, Sans Titre

L’objet minimal s’inscrit ainsi dans la continuité du suprématisme dans le sens où il est complètement autonome : il a abandonné le caractère illusionniste de la peinture figurative et s’est défait de toute forme de subjectivité qui subsistait dans la peinture abstraite. Frank Stella disait d’ailleurs à propos de sa série de tableaux « black paintings » : « what you see is what you see ». L’oeuvre est entièrement littérale et donc purgée de toute forme de transcendance. Elle devient un objet parmi tant d’autres.

Stella, Black Painting

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